Encore quatre morts, toujours ces débats sordides.
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Nous en sommes à 82 morts sans que la Nation se saisisse de ce conflit qui continue sans buts de guerre définis, sans perspective de victoire même infime et sans qu'un débat national de haut niveau n'évoque la situation.
Rappel. Après le 11 septembre 2001, la coalition alliée entreprend de déloger les Talibans qui d'une part offraient une base logistique de première ampleur à Ben Laden, d'autre part imposaient à la population une des dictatures parmi les plus féroces de l'humanité. Comme c'est souvent le cas, les libérateurs devenus occupants, acclamés au début, sont progressivement haïs.
La France, en période de cohabitation, (c'était la fin du gouvernement de la "gauche plurielle") s'engagea aux côtés de ses alliés dans le cadre de l'OTAN et cette décision conjointe de Jospin et de Chirac n'a pas suscité d'opposition majeure tant l'agression dont nos alliés (même si nous entretenons des rapports complexes avec eux qu'il faudra revoir entièrement) furent victimes d'attentats sauvages seulement niés par quelques abrutis ou personnages d'une rare malhonnêteté intellectuelle. Nous aurions mal compris – euphémisme – que si les tours de la Défense avaient été frappées par al Qaida, l'OTAN nous ait répondu: "c’est votre problème, débrouillez-vous".
Il y a plus qu’une nuance entre:
- une intervention dans un pays qui abritait des terroristes qui avaient frappé massivement une nation alliée - malgré nos désaccords: il fallait déloger Ben Laden d’un pays qui l’hébergeait et le soutenait logistiquement,
- et l'action survenue plus tard en Irak, à partir d'un mensonge: les armes de destruction massives (si Sarkozy avait été élu quelques années plus tôt, nous aurions été englués à Bagdad... Toujours se souvenir de ça!)
La retraite anticipée de Jospin pour cause d'aléa électoral a correspondu peu ou prou à l'obtention des buts de guerre officiels: déloger et déstabiliser al Qaida, chasser les Talibans du pouvoir. C’est la suite qui ne va pas… Une fois les Talibans chassés du pouvoir en Afghanistan et al Qaida privée de sa base logistique, pourquoi poursuivre notre action militaire?
Aider ce pays, voisin du Pakistan, "notre meilleur allié dans la région" mais dont les services secrets sont les premiers alliés des Talibans avec le soutien du pouvoir, à "intégrer le concert des nations" sans qu'on éclaircisse la situation avec le dit Pakistan?
L'aider à vivre en paix et en démocratie? Karzaï est un des politiciens les plus corrompus de la planète et il ne dirige que quelques quartiers de Kaboul – où même là des attentats quotidiens tuent autant ses affidés que la population civile.
Permettre aux Afghans d'accéder à un monde meilleur? Les femmes sont toujours déguisées en isoloirs ambulants, la mortalité infantile ne recule pas davantage que l’analphabétisme malgré les milliards déversés pour la reconstruction et le développement (rarement pays aura été plus aidé).
Stabiliser la région sur le plan économique? Seuls progressent activement le narcotrafic et la corruption massive qui enrichissent en premier lieu... la famille de Karzaï, fantoche maintenu au pouvoir après une pantomime d'élections massivement truquées - quand nous avons très sourcilleusement installé un Ouattara au pouvoir, dans un style très "Françafrique", en invoquant vertueusement la démocratie électorale...
Chirac puis Sarkozy ont pris la décision de prolonger la présence francaise. Dix ans d'engagement militaire de grande ampleur sans aucun débat national... et de cela l'opposition est aussi coupable que le pouvoir puisqu'elle est maîtresse d'une partie de l'ordre du jour et qu'elle a la possibilité de déposer des motions de censure.
Quelques temps après la chute des Talibans… Des libérateurs sont considérés comme des occupants et haïs (c’est toujours comme ça que ça se passe: choc des cultures, bavures, mise sous tutelle...). On sait que cette guerre est perdue malgré les tapis de bombes, les patrouilles sur le terrain, les actions de commandos, la guerre conduite hors de toute éthique avec ce statut qui, en bafouant les conventions internationales, expédie les prisonniers dans une zone de non droit à Guantanamo.
On sait que le retrait est inévitable… Alors dans ces conditions, à quoi sert de pinailler sur des dates: 2014, 2013, fin 2012? On s’en va, et basta! On ne laisse plus nos soldats se faire tirer comme des pigeons tant sur le terrain que - c'est nouveau - dans leurs propres cantonnements, par leurs "compagnons d’armes" censés avoir été sélectionnés depuis des mois pour nous remplacer le moment venus!
Seule compte une échéance: le délai logistique, parce que les installations sont suffisamment structurées pour ne pas se démantèler et réexpédier en un mois.
Tout le reste n’est que fariboles, à commencer par les protestations feutrées du haut commandement qui se voit privé d'un théâtre d'opérations, un peu comme un gamin à qui on retirerait son train électrique. Sarkozy a commencé à jouer au petit soldat en renforçant notre présence à Kaboul... il semble devoir composer avec ses généraux en fin de mandat, après n'avoir cessé de les déconsidérer y compris quand ils lui tenaient un langage de raison.
Si les Anglo-Saxons veulent rester là-bas, grand bien leur fasse. L’Afghanistan n’a jamais été de près ou de loin lié aux intérêts ou à l’histoire de la France - et même les Rosbifs qui sont allés s’y frotter le firent avec circonspection, et de très loin. Tout au plus pour eux, était-ce un tampon entre leur empire indien et la Russie.
Cette guerre n'est pas la nôtre, depuis le départ d'al Qaida et la chute temporaire des Talibans. Rien ne justifierait qu'on la prolongeât.
benjamin borghésio
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