A l'origine, une enquête de gendarmerie après l'assassinat d'un habitant de Kourou, pour laquelle un suspect d'origine chinoise est identifié. A la fin, un carbet de loisirs pour les policiers de Cayenne, construit avec de l'argent pris dans un "scellé".
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C'est dans ce cadre qu'après une information, les gendarmes perquisitionnent le 23 mars 2010 un logement situé au dessus de la célèbre librairie bazar cayennaise "la Conscience" (déjà évoquée par Albert Londres - voir ci-contre)
Pas de suspect, mais les militaires trouvent environ 8.500 euros, 21 cartouches de cigarettes et quelques devises étrangères. Rien d'anormal pour une commerçante qui vend quelques cigarettes à titre de dépannage, surtout en Guyane ou on paye surtout en espèces et où nombre de gens utilisent les services de la Western Union.
C'est ensuite que ça se complique quand la commerçante mise hors de cause entreprend de réclamer la restitution de ce qu'on lui a confisqué: on la somme alors en dehors du cadre légal de "prouver l'origine des fonds".
Devant l'inertie des policiers, elle prend un avocat qui adresse cinq courriers sans résultat, avant d'aviser le Parquet. Choqué, le Procureur rappelle que c'est lui seul qui diligente des enquêtes préliminaires au vu des éléments fournis par les forces de l'ordre ou des plaintes qui lui parviennent.
Il ordonne (toujours sans résultat) la restitution immédiate ce qui fut "saisi" et la nouvelle patronne de la police cayennaise, flairant une embrouille susceptible de lui causer des ennuis: contacte l'IGS (les "boeufs": la police des polices), laquelle prend l'affaire assez au sérieux pour dépêcher des fonctionnaires en Guyane où ils mettent en garde à vue trois policiers le temps de leur audition. Il s'avère que deux agents ont "saisi" l'argent et le troisième, actuel numéro trois du commissariat de Cayenne ne les aurait pas supervisés. Selon le procureur Jean-Luc Lennon, "il y a ceux qui ont commis le délit et ceux qui ont été simplement négligents".
Le détournement de scellé (passible de deux ans de prison et de 30 000 euros d'amende et bien sûr de la révocation) n'est pas établi... parce qu'il n'y a jamais eu de scellés! (le B.A/ BA de toute saisie: les numéros des billets n'ont pas été relevés).
Toujours mutique, l'administration laisse filtrer qu'il n'y a pas eu d'enrichissement personnel et ne s'oriente donc pas vers une suspension de Cyril Alavoine, patron d'un commissariat dont c'est une litote de dire qu'il était mal administré.
Selon les dernières nouvelles, il semble que de son côté, le Parquet ne soit pas décidé à lâcher l'affaire, et envisage de déclencher des poursuites: on en saura plus quand le nouveau procureur attendu à Cayenne aura pris ses fonctions.
Réactualisation après un nouvel article de France-Guyane. Contrairement à l'administration policière, le Parquet s'oriente vers des poursuites judiciaires. Le commissaire Alavoine aurait finalement restitué, à l'expiration de sa garde à vue, la somme manquante sur ses propres deniers mais ne peut dire ce qu'il est advenu de passeports saisis. (lien)
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Ce qui choque le plus dans cette affaire, c'est qu'en Guyane presque personne ne la trouve choquante, comme s'il était normal que des sommes saisies sans motif ne soient pas restituées (bis repetita, comme s'il était illégal pour une commerçante de détenir quelques milliers d'euros en liquide dans un pays où le numéraire représente plus de la moitié des paiements)
Ces moeurs ne sont pas nouvelles mais on croyait qu'elles appartenaient à une époque certes récente, mais révolue. J'ai le souvenir d'un bar-dancing brésilien où les forces de l'ordre venaient se distraire, en demandant de mettre le montant des consommations sur 'le compte'. C'est quelques mois plus tard, quand l'addition s'est montrée conséquente et que le gérant a demandé qui la règlerait que les contrôles se sont multipliés et qu'on découvrit suffisamment d'irrégularités pour fermer l'endroit, un des rares de Cayenne où on pouvait se distraire pour pas cher dans une ambiance agréable. Or des irrégularités, il y en avait certes, mais pas plus et même moins que dans d'autre lieux, infiniment plus glauques. Pur hasard évidemment, que cette coïncidence.
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On pourrait aussi évoquer une brigade de trois gendarmes isolés dans la jungle qui récupéraient plusieurs centaines de grammes d'or en un an et les envoyaient scrupuleusement au chef-lieu (j'en fus témoin: je contresignais les scellés au titre d'interprète réquisitionné). Curieusement, d'autres brigades disposant de plus de moyens et en pleine zone d'orpaillage clandestin ne "trouvaient" rien.
Extrait - « C'est bien simple, soupire-t-on du côté du tribunal, chaque interlocuteur à qui je pose la question de ce que devient l'or illégal extrait du sol guyanais me livre une réponse différente. » On parle d'hélicoptères ou de petits avions pour faire les levées d'or, de petites quantités apportées au fur et à mesure à l'étranger (souvent au Brésil) et de scénarios encore plus fantaisistes. Mais la vérité, c'est que personne ne sait où passe l'or et comment.
Toujours du côté du tribunal, on s'étonne que la question ne soit pas systématiquement posée aux interpellés et qu'on n'y ait même jamais réfléchi. Le préfet Denis Labbé convient que cette faible quantité d'or saisie est problématique.
« C'est là que le bât blesse. Cela montre qu'on n'a pas connaissance des circuits. » D'ailleurs jeudi à la préfecture, « le développement du renseignement » a été présenté comme « un objectif majeur » . Denis Labbé : « On est en train de reconstituer les organigrammes des orpailleurs. » Au bout de quatre ans d'Harpie, cela peut paraître étrange qu'on en soit encore à se demander comment sont organisés les garimpeiros. [France-Guyane]
La seule chose qui interdit de considérer la Guyane française comme une République bananière... c'est qu'elle est bien incapable de produire des bananes.
benjamin borghésio
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