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19 ans, la fac, la loi Pécresse
Je me retrouve couvert de huées en AG
Arrivé à la fac, ma vie a brusquement pris un nouveau tournant. La faculté de science politique de Lyon II, à cette époque, c'était vraiment un formidable repaire de gauchistes, de tout poil, de toutes obédiences. Je ne compte pas les discussions passionnantes que j'ai pu avoir avec nombre d'étudiants tous plus originaux et singuliers les uns que les autres. Certains sont devenus des amis avec lesquels j'ai encore pas mal de contacts.
Puis, d'un seul coup, est survenu le mouvement de lutte contre la loi Pécresse, la fameuse LRU [loi relative aux libertés et responsabilités des universités, qui devait renforcer leur autonomie, ndlr]. Ni une ni deux, l'université s'est retrouvée bloquée, avec barricades, barrages filtrants, piquets de grève, occupations d'amphis, CRS qui viennent déloger les étudiants, la totale.
Si mon opposition à cette loi était alors ferme et résolue, je n'étais pas d'accord avec les étudiants bloqueurs, que je trouvais irresponsables de se lancer avec aussi peu de pédagogie dans une lutte perdue d'avance, contre un gouvernement encore très populaire.
Mal m'a pris de faire part de mes doutes en assemblée générale : être couvert par les huées lors d'une intervention en public n'est jamais bien gratifiant !
Pourtant, je ne désespérais pas de devenir un vrai militant. Passionné par mes orientations républicaines, je découvre Jaurès, le socialisme historique, le combat des républicains laïcs à la Gambetta sous la IIIe République. Puis, en faisant des recherches sur le Net, je tombe sur PRS, « Pour la République sociale ». Un machin se revendiquant de la gauche républicaine et l'éducation populaire, fondé et dirigé par… Jean-Luc Mélenchon ? Connais pas.
Tan pis, leurs textes internes me plaisent, je lance mon adhésion par Internet. Rapidement, le responsable du cercle des jeunes de PRS dans le Rhône me contacte. Première rencontre, aïe, il s'agit d'un étudiant de Lyon II qui avait pris part au blocage ! Je suis reconnu, et l'accueil est rude : « PRS est une organisation marxiste ! » Pas de problème, je suis de la partie. Et j'ai bien fait de ne pas me laisser impressionner...
20 ans, Mélenchon quitte le PS...
... et moi avec
PRS, pour former un militant de gauche, y avait pas mieux. Les militants, adhérents pour la plupart au PS mais pas tous, étaient répartis dans de petits cercles de discussion, au cours desquels on causait de la lutte des classes, des tenants et aboutissants du système capitaliste, du socialisme, de ses origines, de la pensée jauréssienne, de la République…
En Assemblée générale départementale, on organisait les actions militantes : diffusions de tract, collages d'affiches, actions coup de poing avec les « commandos culturels ». Comme on n'était pas un parti, on ne se préoccupait pas des élections, ni des luttes internes.
Bref, on faisait de la politique, de la vraie. On se marrait bien, et les discussions étaient souvent passionnantes. J'avais enfin l'impression d'être parmi les miens, de faire partie de cette famille politique que j'avais si longtemps cherchée.
Novembre 2008, le congrès socialiste de Reims bat son plein. Toujours adhérent au PS, je m'inscris dans les activités du courant mélenchonien, « Trait d'union », et je participe aux réunions de la motion Hamon. Le soir du vote, les résultats sont calamiteux, et la nouvelle tombe : « Mélenchon quitte le PS et part fonder un nouveau parti ! »
Chiche ! Je le suis, avec l'écrasante majorité des militants de PRS, qui n'hésitent pas une seule seconde au moment de rendre leur carte au PS. Nous voila embarqués dans le Parti de gauche !
Au PG, on fait de la place aux jeunes : je me fais élire à la coordination départementale, au conseil national, je suis délégué aux congrès constitutif et fondateur (mais j'échoue de peu à entrer au Bureau national).
Au contact de certains camarades, je me construis une conscience écologique : j'apprends ce qu'est l'antiproductivisme, et en quoi la prise en compte des maux de l'environnement est liée aux objectifs d'une vraie gauche. Bref, mon rouge se pare de nuances de vert…
24 ans, la présidentielle de 2012
Devinez pour qui je vais voter
Je voterai pour Jean-Luc Mélenchon au premier tour de l'élection présidentielle, et j'espère bien également au second. En cas de second tour sans Mélenchon, mon bulletin sera blanc, sauf à voir Le Pen se qualifier contre Hollande, car il est moins difficile, psychologiquement, de voter pour un candidat étiqueté « de gauche » contre une candidate fasciste.
Repris sur Rue89
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