Ou... Comment on dépasse les limites de l'absurde.
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Cette note a pour point de départ un billet de Georges Ugeux.
Simplifions. Les banques qui peuvent conduire de pair des activités de dépôts/prêts (le métier normal du banquier) et de sépculation (ces dernières les ayant mises dans la panade) se voient contraintes par les accords dits de Bâle III de renforcer leurs liquidités propres.
Extrait - Le ratio bien connu depuis Bâle I et Bâle II que l’on retrouve dans Bâle III, c’est le ratio de solvabilité qui impose un montant minimum de capital pour couvrir les risques pris qui puisse essuyer des pertes en évitant que les Etats ne soient appelés à la rescousse. La définition du capital devient beaucoup plus restrictive et le curseur du ratio est remonté. Si on ajoute les différents « coussins » il faudra à l’arrivée 13% de capital là où il en fallait 2%, résume Danièle Nouy. Sur ce point les banquiers semblent se faire plus ou moins une raison même si Jean-Paul Caudal, de la Fédération Bancaire Française met en évidence que dans la dernière crise le montant des fonds propres n’a été « ni l’élément déclencheur ni la solution ». Les ratios de liquidité, quant à eux, sont à la fois nouveaux dans Bâle III et pas inconnus des banquiers français, déjà habitués à être plus régulés que d’autres. [commentaire... Ce qui ne les a jamais empêchés de faire des bénéfices aussi obscènes que les autres]
Traduisons: pour jouer avec de l'argent et en tirer bénéfice, il en faut désormais un peu. Ces accords très techniques prévoient (grosse simplification) que le ratio moyen montera de deux à treize euros, pour cent engagés. Le bon sens amènerait à penser que les banquiers en difficulté du fait de leurs errements limiteraient les dividendes jusqu'à ce que ces ratios soient approchés (quelle entreprise industrielle peut s'en sortir en gavant ses actionnaires quand elle est en difficulté?), qu'ils réduiraient la voilure en se concentrant sur l'essentiel - à savoir le financement de l'économie au sens large. Que nenni ! On obtient ces fonds propres en les... empruntant auprès de la BCE qui les fournit à 1% (compte tenu de l'inflation, elle perd de l'argent) et on les replace aussitôt... à la même BCE qui les rémunère à 0.25% ce qui fait que les banquiers achètent leur taux de solvabilité par une taxe de 0.75% qui leur permet de continuer de mener leurs petites affaires comme ils l'entendent!
Pour simplifier (le métalangage est une manière d'entortiller les gens)... c'est un peu comme si on vous demandait des garanties et qu'au lieu de présenter un bien hypothéqué ou des revenus assurés, vous fourniriez des sommes... empruntées sans aucune certitude de pouvoir les rembourser.
Nous avons déjà évoqué les dispositions interdisant aux états de se financer auprès des banques centrales: ils doivent passer par des banques qui elles mêmes vont chercher la thune auprès de ces banques centrales (BCE pour la zone euro, banques centrales nationales pour les autres, celles-ci devant être "indépendantes") En clair, les banquiers perçoivent de l'argent à 1% pour le replacer à 2.8% (cas de l'Allemagne où le risque est considéré comme le plus faible... à mon avis, à tort), 3.2% (France), 5%, 8% (Italie) voire 25% (Grèce) selon le risque évalué... assez faible au demeurant puisque le couple Merkozy a décidé que l'UE ne laisserait plus jamais un pays faire défaut. Or les banques... rechignent à prêter malgré ces conditions ultra-favorables: après avoir fait n'importe quoi et plongé le monde dans la catastrophe dont un des symboles les plus évidents fut les subprimes, elles empêchent la sortie de catastrophe par leur attitude.
Dans ces conditions, à quoi sert la rigueur imposée aux peuples? Comment peut-on espérer qu'ils s'en sortiront si on les plonge dans la récession la plus noire, si on retire tout "amortisseur de crise" comme en Grèce et en Espagne?
Plaçons nous dans le cadre de la rigueur financière considérée comme le Graal par ceux qui savent de quoi ils parlent (ça va de Rocard à Merkel). Quand un pays est de facto mis sous tutelle financière*, la contrepartie ne devrait-elle pas être une source de financement à un prix raisonnable?
* (Merkel voulait qu'on aille jusqu'à ce que pour tout pays en difficulté, un commissaire de Bruxelles ait le pouvoir de mettre son veto à quelque mesure gouvernementale que ce soit: ça s'appelle un Gauleiter, Madame la Chancelière!)
Prenons le cas de la Grèce à qui on impose des mesures "d'ajustement structurel" (c'est comme ça qu'en économie on appelle "pousser des centaines de gens à se suicider, brader tous les actifs donc toutes les sources de revenus, augmenter les impôts de façon colossale, tuer la croissance donc les revenus à venir - d'où la spirale dont on ne sort jamais et accessoirement tellement saigner le malade qu'il en mourra - et se retrouvera en réel défaut de paiement, etc.")
Ce pays contraint de resserrer les boulons de façon colossale - et ce n'est pas forcément mauvais en tout parce que mettre un terme à la fraude fiscale généralisée et institutionnelle comme aux emplois virtuels dans la fonction publique (à distinguer des emplois réels), c'est bon pour les travailleurs - ne devait-il pas en parallèle disposer d'un apurement de sa dette à un taux raisonnable? La BCE, contre cette tutelle, prêterait à la Grèce à 5% que ce pays verrait ses dépenses actuelles diminuer mécaniquement de 15% et... parviendrait à l'équilibre budgétaire sans qu'il en coûte rien à l'UE et à la BCE! du coup, il rembourserait non seulement les intérêts mais aussi une bonne partie du capital. (et la BCE gagnerait même de l'argent - parce que 5% c'est plus que... 1%)
C'est là qu'on voit que condamner ce système, est facile, même sans prôner l'humain avant la finance. Il marche sur la tête au point que les deux temples du capitalisme et des banques, Grande-Bretagne et USA, s'engagent sur la voie qu'on se refuse avec obstination dans la zone euro: l'interdiction pour une banque, d'avoir en même temps des activités de dépôt et de spéculation. Elles continueront de jouer au casino - assurées qu'en cas de faillite virtuelle, on les soutiendra parce que les épargnants sont en quelque sorte leurs otages. On pourrait laisser crever les banques spéculatives: n'y laisseraient leur chemise que ceux qui ont joué - et il n'est écrit nulle part que quand on joue, on est assuré de gagner. Mais aucun état n'est en mesure de rembourser les dépôts, même sans dépasser le maximum légal de cette garantie.
benjamin borghésio.
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