(ni de gauche, ni de gauche, bien au contraire)
ou comment le candidat de "l'extrême centre" (défense de rire) nous fait prendre des vessies pour des lanternes.
Comment il y parviendra peut être, les médias l'y aidant activement.
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Bayrou, c'est le recours de la droite propre sur elle, des fois que le voyou du moment s'effondre (ce qui n'est pas fait: le bougre a de la ressource et surtout aucun scrupule). Par on ne sait quelle opération de transmutation du vinaigre en nectar, il arriverait presque à nous faire oublier tant son passé que ses orientations actuelles (pour ces dernières, ça lui est d'autant plus facile qu'il demeure dans le flou artistique.
Homme neuf pas du sérail? Il fut ministre de Balladur en 1993 (et avant, député UDF). En 2012, chantre autoproclamé de la laïcité, il voudrait qu'on oublie qu'il y a vingt ans, il mit plus d'un million de personnes dans la rue contre sa "réforme" de la loi Falloux avant de capituler - même les évêques le désavouèrent (Ensuite le bonhomme s'empressa de dormir sur ses dossiers jusqu'à la défaite de 1997).
Tour de chauffe en 2002, arrivée presque au firmament en 2007 (profitant de la nullité abyssale de Royal) suivie d'une descente dans les catacombes quand ses "compagnons", pas fous, le larguèrent pour une quelconque prébende: le centriste prône la charité chrétienne, mais elle consiste à commencer par se servir comme le firent tous ses Judas.
Notre homme repart pour un troisième tour de piste en 2012. Décryptons ses propositions et surtout ses contradictions. C'est du lourd! Préparation tout d'abord du virage à droite toutes, qui nous rassure si j'ose dire car on retrouve nos repères: le PS se positionne sur l'espace Modem, le Modem sur l'espace UMP, l'UMP prend la place du FN (et encore, avec Guéant elle va plus loin), le FN hésite entre rester où il est et occuper l'espace "connerie abyssale" (nous l'avons récemment démontré) et il n'y a guère que le Front de gauche qui tente de prendre l'espace populaire. Pour justifier ce cap à droite, Bayrou se targue d'une "offre de dialogue" qu'il aurait faite au PS, lequel l'aurait repoussée. Ca ne nous a pas frappé plus que ça...
Le Projet de Bayrou... retour à l'équilibre budgétaire (la doxa du moment) en deux ans, moitié en "faisant des économies" (50 milliards) moitié en prélevant autant de nouvelles recettes. Avec une telle purge, le malade mourra guéri.
Comment économiser? La dépense publique se montant à 1.100 milliards, il "suffit" de ne pas l'augmenter en valeur constante deux années de suite, et si on tient compte de l'inflation fixée par le Béarnais à 2.5%, on y arrive "sans effort": 25 milliards par an! Le bougre, prudent, ne précise pas sur quoi ces efforts seront faits: dépenses de santé? (le vieillissement de la population rend leur augmentation inéluctable) Dépenses d'équipement, salaires du public, réduction des effectifs, train de vie de l'Etat, des collectivités et des élus?
Le dernier point serait certes psychologiquement salutaire: quand on prétend serrer les ceintures, il faut commencer par donner l'exemple, ce que la bande à Sarkozy fut incapable de comprendre. Seulement contrairement à une idée répandue, on ne grattera, en proportion, que très peu là-dessus. Salaires, pensions? D'une part c'est ce qui est fait depuis cinq ans sans résultat puisque (c'est technique) le corps des fonctionnaires et assimilés étant vieillissant et contraint de travailler plus longtemps, on a de plus en plus de gens au sommet de l'échelle salariale. Ensuite parce qu'il fallut embaucher des contractuels ou sous-traiter quand les agents non remplacés manquaient - et c'était souvent le cas. En outre Bayrou reconnaît (ne nous fâchons pas avec l'électeur) qu'il faudra lâcher un peu sur les salaires et les pensions, compte tenu de cette inflation (surtout qu'il augmente la TVA), tout comme il faudra bien lâcher dans d'autres domaines - à condition de compenser ces dépenses à l'euro près par des économies faites ailleurs.
Mais si le secteur de la santé, l'état et les collectivités voient leurs ressources globalement diminuées du montant de l'inflation, si en outre les salaires et pensions augmenteront - même modérément, sur quoi compenser si ce n'est l'équipement, l'investissement qui sont parmi les principaux moteurs de l'activité des PME dont Bayrou se fait le chantre? Des rénovations, des chantiers en moins: les grands groupes, peu sollicités, laisseront tomber leurs sous-traitants et une activité au moins sera florissante: celle de Pôle Emploi.
Pour les recettes, Bayrou pense aussi à la TVA - d'où la hausse des prix qui ira avec - et celle de l'impôt sur le revenu (il va plus loin que Hollande) ainsi que sur une réduction "difficile" des niches fiscales. (dix milliards, sans plus de précision). Entre la purge avec les dépenses comprimées et les recettes supplémentaires, il ça fait cent milliards - 5% du PIB - retirés de l'activité en deux ans!
Il y a ensuite le nouveau credo de Bayrou, ex europhile convaincu : "produisons français". Un comble de la part d'un type issu de cette droite eurobéate qui insultait Marchais quand ce dernier demandait la même chose dans les années 70, quand l'industrie était autrement moins sinistrée que de nos jours. Le minimum serait qu'il fit son "autocritique", lui qui participa avec enthousiasme à toutes les étapes de la construction européenne telle qu'elle s'est déroulée, avec la soumission veule aux diktats de l'OMC, avec le dumping social qui, s'il n'enrichit pas les pays de l'est récemment entrés dans l'UE, appauvrit singulièrement nos travailleurs.
Il veut quoi, le Bayrou? Un "label France qui permettrait à nos citoyens de choisir en connaissance de cause". Au risque de décevoir, je dirais que sussuré comme il le fait, ce label France rime avec "rance" et je préférerais de beaucoup un label "social": si j'étais sûr que le produit que je convoite a été fabriqué en respectant le niveau de vie, le bien être des travailleurs, dans des conditions environnementales normales, il y a toutes les chances pour que les équivalents français soient compétitifs. Ou pour que des entreprises soient en mesure de se battre sur un marché jusque là trusté par l'étranger.
Ce n'est pas parce qu'ils sont asiatiques que les vêtements d'extrême-orient coûtent moins cher: c'est parce que ceux qui les fabriquent sont payés 200 euros par mois pour 70h de travail hebdomadaire, sans protection sociale. Au lieu d'un vague label incitatif (en plus, bon courage à qui parviendra à distinguer ce qui est français de ce qui ne l'est pas), il faut instaurer des visas aux frontières pour les produits qui ne respectent pas peu ou prou les mêmes normes que dans l'UE. Voire face à certains pays de l'UE quand leur dumping est par trop cynique.
Bayrou se lance dans un hymne à la gloire des PME, de la reconstitution du tissu de production française. Nous maîtrisons les techniques les plus sophistiquées, mais nous serions "incapables de produire" que ce soit pour nous ou pour exporter (pour ma part je dirais qu'avant de vouloir à tout prix exporter, on ferait bien de satisfaire une plus grande partie de nos besoins: on y gagnerait autant en indépendance que sur le plan environnemental parce qu'exporter du bois brut en Chine pour que le même nous revienne sous forme de parquet, "ça le fait pas" sur le plan écologique, et pas seulement celui-là). Organisons le transfert des technologies des grandes entreprises vers des PME à conforter ou à reconstituer, le tout en y associant les universités, nous dit-il. Mais il a voté leur autonomie: et si ça ne les intéresse pas?.
benjamin borghésio (à suivre demain)
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